Affichage des articles dont le libellé est Sengoku Jidai. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sengoku Jidai. Afficher tous les articles

dimanche 21 août 2016

Conflit d'Histoire 01 - Le Sengoku Jidai - Fermeture et Paix (5/5)

Conflit d'Histoire 01 : Le Sengoku Jidai
1467-1615, Japon 


Fermeture et Paix (5/5) 

La crise de l’autorité centrale du Shogun et les moyens militaires des Daimyos ont créé une situation guerrière insoutenable durant plus d’un siècle. Les clans de Samurai, récemment élevés ou voulant se rapporter à de prestigieux ancêtres, ont essaimé leurs provinces pour tenter d’étendre leur influence au détriment de leurs voisins. Pour cela, il fallait plus d’hommes, et on trouvait ces derniers dans les bandes de guerres d’Ashigaru, qui ont ensuite formé la base des armées des grands seigneurs, devenant des troupes disciplinées et professionnelles, capables d’utiliser les armes à feu introduites au milieu du XVIe siècle et d’accompagner les guerriers d’élite au combat.

Le 15e et dernier Shogun de la famille des Tokugawa

L’idée de restaurer le Shogunat n’a pu venir que de Daimyos ayant suffisamment de puissance et de succès militaires pour s’approprier la capitale Kyoto : Oda Nobunaga, son général Toyotomi Hideyoshi et son allié Tokugawa Ieyasu. Les réformes introduites par Hideyoshi tendent quant à elles à séparer définitivement la sphère guerrière des autres classes de la société pour stabiliser la situation politico-militaire une bonne fois pour toute. Une fois le Shogunat stabilisé à nouveau après moult péripéties par Ieyasu, le Japon perd son caractère féodal et retrouve une sorte d’unification. Les ports sont presque tous fermés pour le commerce, et les idées venant du continent asiatique s’arrêtent désormais aux portes du Japon désormais closes. Finis les échanges culturels et les expéditions. L’ordre des Tokugawa vise à fermer définitivement le Japon pour maintenir une hégémonie shogunale jamais mise à mal.

L'Amiral Perry et ses "Navires Noirs"

Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que la marine américaine va venir présenter aux Japonais la technologie militaire d’un monde bien différent de celui du XVIIe siècle. L’ouverture forcée du Japon verra la faillite du Shogunat, l’essor du rôle de l’Empereur, reprenant enfin ses attributions, et la liquidation de la classe des guerriers qui paralyse socialement le pays. La fin des Samurai est consommée à la fin du XIXe siècle.

Tous les épisodes : 
 
1/5 : De la Chine au Japon.
2/5 : La Crise du Sengoku Jidai.
3/5 : Une Nouvelle Ère de la Guerre.
4/5 : Le Temps des Unificateurs.
5/5 : Fermeture et Paix.


Bibliographie indicative :
 

Akamatsu, P., « Une histoire du Japon, des origines à 1867 » [Sir George Bailey Sansom, A history of Japan : I. To 1334. ; II. 1334-1615. ; III. 1615-1867.], In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n°1, 1967, pp. 178-184
 
Otani, Ch., « Le mouvement insurrectionnel du Ikkô-Ikki, adeptes de la secte bouddhique Shin-shû au XVe et au XVIe siècle », In École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques, 1968, pp. 609-612.
 
Turnbull, S., Gerrard, H., Ashigaru 1467-1649. Warrior n°29, Osprey Publishing, Oxford, 2001, 64 p.
 
Turnbull, S., Samurai Commanders (2). 1577-1638. Elite 128., Osprey Publishing, Oxford, 2005, 64 p.
 
Turnbull, S., War in Japan 1467-1615. Essential Histories n°46, Osprey Publishing, Oxford, 2002, 95 p.






Conflit d'Histoire 01 - Le Sengoku Jidai - Le Temps des Unificateurs (4/5)

Conflit d'Histoire 01 : Le Sengoku Jidai
1467-1615, Japon 


Le Temps des Unificateurs (4/5)

Avant l’essor des trois Daimyo qui ont tenté ou réussi l’unification du Japon, les luttes ont vu des évolutions sociales sans précédent : certains Shugo ont fini dépossédés de leur terre, et certains guerriers ont fini par s’élever socialement pour devenir de grands seigneurs. Vers la fin de la période, les luttes s’intensifient autour de Kyoto. 

I. Oda Nobunaga (1534-1582)

Vers 1560, Oda Nobunaga est un Daimyo ayant tout juste réussi à unifier sa province, lorsqu’un certain Imagawa Yoshimoto dirige son armée dans le but de prendre Kyoto et de déposer une fois pour toute le Shogun théorique. Son trajet le somme de passer par le territoire du clan Oda. Nobunaga prend l’initiative malgré son infériorité numérique, et lance une attaque-éclair à Okehazama : son but n’est pas de battre l’armée supérieure en nombre, mais de prendre la tête du Daimyo, chose qu’il réussit à faire à la faveur d’un orage en contournant le campement principal. 


Ces premiers pas sont suivis par de longues luttes avec des clans rivaux, mais aussi avec les religieux. La montagne sacrée Hieizan est prise dans le sang, et Nobunaga traite avec les rébellions Ikkô-Ikki. Il assiège ainsi pendant près de dix ans leur forteresse à Imagawa : c’est le siège le plus long de l’histoire du Japon, fini en 1580. Il finit ainsi par juguler ces révoltes bouddhiques définitivement.


Il devient rapidement le Daimyo majeur de sa région. Approché par Ashikaga Yoshiaki pour prendre Kyoto, il réussit à le placer comme Shogun, en rognant progressivement son pouvoir. En 1573, le dernier Shogun Ashikaga est ainsi déposé. La bataille de Nagashino consacre sa prééminence sur les Takeda, les rivaux les plus importants de la région : en 1575, ses 3000 arquebusiers stoppent la charge ennemie, et le violent corps-à-corps qui s’ensuit marque le triomphe de Nobunaga. Après avoir terminé le siège d’Imagawa en 1580, Nobunaga commence à s’étendre vers l’ouest avec ses deux commandants : Toyotomi Hideyoshi et Akechi Mitsuhide. Le second, à la faveur de mouvements militaires, trahit Nobunaga séjournant dans un temple : encerclé, il se suicide, et son corps est calciné dans l’incendie qui ravage l’édifice en 1582. 

II. Toyotomi Hideyoshi (1536-1598)

Ce général loyal à Oda Nobunaga est l’exemple parfait de la mouvance sociale de l’époque. Simple Ashigaru, il gravit les rangs jusqu’à devenir un fidèle vassal. Lorsque Nobunaga est tué par Akechi Mitsuhide, il revient à marche forcée sur Kyoto, surprend son ancien collègue et le bat en bataille rangée. En 1585, le territoire appartenant autrefois à Nobunaga est enfin stabilisé entre ses mains, et il peut poursuivre la stratégie de conquête de son ancien seigneur, non sans avoir vaincu des généraux concurrents et les fils de Nobunaga. Il prend Shikoku et Kyushu entre 1585 et 1587. Ses conquêtes successives sont le moyen pour lui d’accroître son emprise et de réutiliser les hommes qu’il accueille sous ses ordres.


Pendant que le Japon s’unifie jusqu’en 1591 sous la houlette d’Hideyoshi, la Chasse aux Epées de 1588 et l’Edit de Séparation de 1591 marquent durablement le paysage social japonais. Cette chasse aux épées vise à aller chercher les armes de tous les paysans et de tous les vassaux réfractaires pour les confisquer. Or, c’était cette présence d’armes qui avait permis la constitution des premiers Ashigaru et leur maintien parmi la population des travailleurs du Daimyo. Plus jamais on ne devait voir des révoltés prendre les armes, et notamment les puissantes arquebuses 


L’Edit de Séparation fixe quant à lui la stratification sociale. Les paysans restent paysans, les membres de la classe militaire, Ashigarus ou Samurai, restent membres de la classe militaire. L’essor social d’Hideyoshi lui-même ne doit jamais plus se reproduire. De très nombreux Daimyos se sont élevés à la force de leurs armes : ce n'est désormais plus chose possible, et cette rigidité se maintient jusqu’à la fin du Shogunant Tokugawa. Quoi qu’il en soit, après ces deux réalisations, Hideyoshi veut soumettre la Chine, et commence par lancer des expéditions militaires en Corée entre 1592 et sa mort en 1598. Ce général compétent et aimé de ses troupes laisse sa place au dernier des unificateurs. 

III. Tokugawa Ieyasu (1542-1616)

L’ancien allié d’Imagawa Yoshimoto, tué au combat en 1560 par Oda Nobunaga, s’est vite retrouvé dans le camp du tueur de son seigneur. Libéré de ses obligations, il combat les clans rivaux de Nobunaga, et notamment les Takeda avec qui il a de nombreux démêlés. Il participe notamment à la bataille de Nagashino de 1575 voyant la défaite cinglante des Takeda.


Lorsque Nobunaga meurt en 1582, il s’oppose à plusieurs reprises à Hideyoshi, sans conséquences. Loin des îles et de Corée, il n’est pas astreint de participer à ces expéditions, ce qui lui permet de ménager ses propres forces militaires. Après la mort d’Hideyoshi en 1598, deux partis se forment au Japon : l’Armée d’Occident veut que Toyotomi Hideyori prenne la suite de son père, tandis que l’Armée d’Orient menée par Ieyasu milite pour un changement de tête.


Cette situation explosive culmine en 1600 à la bataille de Sekigahara où de très nombreux Daimyos se battent. Grâce à une trahison de troupes de l’Armée d’Occident, les lignes se disloquent et l’armée d’Ieyasu est victorieuse. A partir de ce moment-là, les autres Daimyos préfèrent se soumettre au nouvel unificateur du Japon. Profitant de ses ascendances prestigieuses, Ieyasu se proclame Shogun en 1603, mettant fin à plus d’un siècle de crise. Il garde les réformes d’Hideyoshi, redistribue les terres à ses alliés, ménage l’équilibre du territoire, et mate le dernier bastion des révoltés autour d’Osaka entre 1614 et 1615, réunis autour d’Hideyori. Le Shogunat Tokugawa est né.

Tous les épisodes :

1/5 : De la Chine au Japon.
2/5 : La Crise du Sengoku Jidai.
3/5 : Une Nouvelle Ère de la Guerre.
4/5 : Le Temps des Unificateurs.
5/5 : Fermeture et Paix.


Bibliographie indicative :
 

Akamatsu, P., « Une histoire du Japon, des origines à 1867 » [Sir George Bailey Sansom, A history of Japan : I. To 1334. ; II. 1334-1615. ; III. 1615-1867.], In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n°1, 1967, pp. 178-184
 
Otani, Ch., « Le mouvement insurrectionnel du Ikkô-Ikki, adeptes de la secte bouddhique Shin-shû au XVe et au XVIe siècle », In École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques, 1968, pp. 609-612.
 
Turnbull, S., Gerrard, H., Ashigaru 1467-1649. Warrior n°29, Osprey Publishing, Oxford, 2001, 64 p.
 
Turnbull, S., Samurai Commanders (2). 1577-1638. Elite 128., Osprey Publishing, Oxford, 2005, 64 p.
 
Turnbull, S., War in Japan 1467-1615. Essential Histories n°46, Osprey Publishing, Oxford, 2002, 95 p.

samedi 20 août 2016

Conflit d'Histoire 01 - Le Sengoku Jidai - Une Nouvelle Ere de la Guerre (3/5)

Conflit d'Histoire 01 : Le Sengoku Jidai
1467-1615, Japon 


Une Nouvelle Ère de la Guerre (3/5)

I. La tactique samurai en jeu
 
Le Bushi est le produit lointain des expéditions de Corée et de l’expérience militaire récoltée. En effet, entre le Ier et le Ve siècle, trois royaumes s'affrontent pour le contrôle de la péninsule : Koguryo, Silla et Paekche. Les derniers appelent les forces impériales japonaises vers 400, mais cette expédition est un échec. Les cavaliers Koguryo harcèlent particulièrement bien les troupes terrestres japonaises. Mais cette défaite est l'occasion pour le Japon d’importer ses premiers chevaux, qui s'implantent dans les plaines de l’est de l'île. En 553, les forces japonaises sont rappelées : elles ont désormais bien plus de répondant car maintenant composées de guerriers montés pratiquant l’art de tirer au galop (yabusame). 


Le terme samurai apparaît au Xe siècle, désignant une réalité similaire à celle du Bushi. Ce sont les luttes intestines entre grandes familles qui tracent la voie de l’émergence d’une classe d’aristocrates-guerriers, les Bushi. Le guerrier noble par excellence porte désormais une armure lamellaire mêlant cuir et métal, où les différentes plaques d’armure sont lacées ensemble. Le code du bushi, le bushido, apparaît dans le même temps. Un réseau de fidélités lie désormais le Daimyo ou Shugo à ses samurais ou bushi. Le Seigneur accorde des fiefs de plus ou moins grande importance à ses guerriers, sommés de lui accorder en retour une aide militaire et des hommes. Ceux appelés Ji-Samurai sont les plus pauvres de cette classe de guerriers, et cultivent la terre pour survivre lorsqu’ils ne sont pas appelés au combat. Certains de ces Ji-Samurai participent d'ailleurs aux révoltes Ikkô-Ikki.



Armé du katana, du wakizachi et d’une dague, le guerrier samurai est avant toute chose, et contrairement à ce qu’on imagine, un archer à cheval. Mais le développement pendant le Sengoku Jidai des masses d'infanterie et des troupes annexes font évoluer durablement l'armement. Les volées de flèches de l’infanterie, puis de balles de mousquets après 1543, sonnent le glas des archers à cheval : bien que très peu précises, ces volées, qui rappellent la méthode de combat des Mongols qui ont tenté l'invasion du Japon au XIIIe siècle, sont plus efficaces dans des batailles impliquant une population militaire croissante, et tendent à rendre caduque la présence de guerriers mortellement précis, mais en faible nombre. En Europe, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, les cavaliers passent de l’art de la caracole, consistant à tirer avec des pistolets avant de se replier pour charger, à la revalorisation du contact. L’évolution de la tradition militaire équestre est la même au Japon, bien qu’un peu plus précoce. Les guerriers s’équipent de plus en plus de lances japonaises appelées yari, et leur rôle tend à devenir celui d’une cavalerie de contact, destinée à rompre les rangs adverses et notamment ceux des tireurs, le tout en étant appuyé par une infanterie en plein renouvellement.

II. L’essor des nouveaux combattants

L'infanterie prend un rôle de plus en plus important, et se développe numériquement. Au départ, ces troupes à pied sont simplement tirées de la masse des travailleurs de la terre du Daimyo. Mais cette période de crise voit l’émergence d’une nouvelle catégorie de combattants appelés Ashigaru (Pieds-légers). Exclus de la société, vagabonds ou laissés-pour-compte, ne disposant pas même de sandales pour marcher, d’où leur nom, ces hommes sur les routes finissent par se vendre aux seigneurs locaux les plus offrants : d’un côté, le Daimyo voit un moyen rapide d’augmenter ses effectifs pour continuer ses petites guerres de bornage, de l’autre les Ashigaru voient la perspective de faire du butin impunément. Mais ces troupes légères, armés sur le tas, sont très peu disciplinées, et ont pour habitude de déserter à tout bout de champ pour aller chercher des horizons meilleurs.



Le besoin de compléter les effectifs est néanmoins très fort dans une période militaire difficile. Aussi, certains Daimyos vont tenter de fixer ces effectifs, en leur donnant un statut, un équipement, une organisation. Dirigés par les Samurai, les formations d’Ashigaru se fixent chez les Daimyo les plus influents. Ils sont armés de naginata, de yari, d’arcs ou encore de mousquets importés d’Europe par les Portugais en 1543, et copiés par les manufactures du Japon. Ils complètent les effectifs des Bushi en apportant un soutien militaire indéniable. Ces Ashigaru permanents forment une nouvelle classe militaire, gardant les forteresses et les points-clés du Daimyo, tandis que les Ashigaru temporaires tendent à désigner désormais les paysans, capables de s’armer convenablement au fur et à mesure que la période avance et que les moyens de certains Daimyos progressent.

III. L’appel aux armes

 
Lorsque le Daimyo entre en guerre contre un de ses voisins, il a besoin de troupes. Outre les siennes propres, et celles de ses fiefs et forteresses, il dispose aussi d’un réseau de fidélité le liant à des Samurai à qui il a accordé un fief. Il évalue leur richesse en koku, 1 koku représentant la consommation en riz d’un homme pendant un an. En fonction de cette richesse, les Samurai sont sommés en cas de conflit d’accompagner le Seigneur avec un nombre plus ou moins important de soldats : ils peuvent ramener avec eux des compagnons d’arme samurai, des genin (domestiques pouvant agir en écuyers), des ji-samurai et des paysans. Cette contribution en paysan se transforme en contribution en Ashigaru au moment où leurs effectifs se fixent et où la population rurale dispose de plus en plus de stocks d'armes pour répondre aux besoins des seigneurs.


Comme dans toute armée, la place des bagages est importante et doit être soulignée ici aussi : en fonction de la durée de la campagne, les contingents militaires sont accompagnés par un cortège de femmes de soldat, de ravitaillement, de médecins, de marchands, de vétérinaires, etc. Le Samurai a une ou plusieurs montures en fonction de sa richesse, et seuls les plus pauvres ou ceux qui ont perdu tous leurs chevaux au combat combattent à pied. Et même si le code du Bushido reste rigide, vaincre un autre Daimyo n’est pas synonyme de séances massives de seppuku ou d'harakiri (suicide rituel par éventration) : la plupart du temps, le Daimyo vaincu est invité à se soumettre au vainqueur pour conserver un lopin de terre, tandis que les troupes sous sa juridiction deviennent pour le coup celles du nouveau seigneur. 


Tous les épisodes :
1/5 : De la Chine au Japon.
2/5 : La Crise du Sengoku Jidai.
3/5 : Une Nouvelle Ère de la Guerre.
4/5 : Le Temps des Unificateurs.
5/5 : Fermeture et Paix.


Bibliographie indicative :
 

Akamatsu, P., « Une histoire du Japon, des origines à 1867 » [Sir George Bailey Sansom, A history of Japan : I. To 1334. ; II. 1334-1615. ; III. 1615-1867.], In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n°1, 1967, pp. 178-184
 
Otani, Ch., « Le mouvement insurrectionnel du Ikkô-Ikki, adeptes de la secte bouddhique Shin-shû au XVe et au XVIe siècle », In École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques, 1968, pp. 609-612.
 
Turnbull, S., Gerrard, H., Ashigaru 1467-1649. Warrior n°29, Osprey Publishing, Oxford, 2001, 64 p.
 
Turnbull, S., Samurai Commanders (2). 1577-1638. Elite 128., Osprey Publishing, Oxford, 2005, 64 p.
 
Turnbull, S., War in Japan 1467-1615. Essential Histories n°46, Osprey Publishing, Oxford, 2002, 95 p.

Conflit d'Histoire 01 - Le Sengoku Jidai - La Crise du Sengoku Jidai (2/5)

Conflit d'Histoire 01 : Le Sengoku Jidai
1467-1615, Japon 


La Crise du Sengoku Jidai (2/5)

I. La fin de l’autorité centrale


Le Shogunat, ou Bakufu, est une institution militaire intégrée dans le régime impérial. Il se constitue après la Guerre de Genpei (1180-1185) lorsque la classe des Bushi (guerriers nobles) se structure et arrive au pouvoir. L’autorité de l’Empereur s’efface désormais face au personnage du Shogun, disposant de la force publique et militaire, et désignant lui-même les délégués territoriaux, alors même que l’Empereur reste étranger aux affaires publiques. Le territoire est divisé en circonscriptions dans lesquelles se retrouvent des Shugo, ou Daimyo, représentant l’aristocratie terrienne et militaire. Ces derniers sont sommés par le Shogun de résider une partie du temps dans la capitale Kyoto.



Ce pouvoir central vole en éclat à l’occasion d’un conflit qui a dégénéré : Onin no ran, la guerre d’Onin (1467-1477). Deux clans adverses bien proches de Kyoto s’affrontent, et pendant que ce conflit dégénère par l'implication d'un nombre croissants de clans dans la bataille, Kyoto finit saccagée et incendiée. Le Shogun Ashikaga n'a pas les moyens militaires de rétablir la paix, et le lien unissant Daimyo et Shogun s’effrite. Les Daimyos ne résident plus à Kyoto et rentrent sur leurs terres, d’où ils commencent à vivre en autarcie, oubliant tout lien de fidélité vis-à-vis du pouvoir central. Les luttes deviennent locales, et les clans font désormais la loi dans toutes les régions du Japon.



Dans La Société Féodale, Marc Bloch précise que le Japon est un des seuls états asiatiques à avoir développé un système féodal. Dans un article de 1967, P. Akamatsu tient à préciser davantage ce terme de féodalité : selon lui, la féodalité consiste en une façon particulière de distribuer et de tenir la terre, créant une structure sociale spécifique. D’après lui, c’est au moment du naufrage du Shogunat Ashikaga que cette féodalité apparaît entière. Les grands notables des villages et les Daimyos administrent ainsi leurs propres terres, tentant d'étendre leur influence aux domaines adjacents par la guerre ou l'assujettissement. Seuls les plus puissants des Daimyo continuent de courtiser l’Empereur.

B. La division locale du Japon

Les députés du Shogun deviennent ainsi des possesseurs de la terre, et non plus des délégués territoriaux du pouvoir central. De même, ils ne sont plus astreints à résider dans la capitale. D’autant plus que des opportunistes, soldats, samurais et même paysans se mettent à apparaître, renversant parfois la famille locale régnante et se taillant une nouvelle dynastie à la pointe du katana.



C’est aussi une période d’agitation sociale et religieuse, puisqu’autour de Kyoto, des révoltes populaires appelées Ikkô-Ikki se mettent en place. Des petits propriétaires terriens, des myôshu, s’organisent en villages, puis en communautés de villages, pénétrées par les idées d’une ancienne secte bouddhiste appelée Shin-Shû. Cette croyance prône le salut spirituel de l’homme, et est orientée par les prédicateurs comme une religion populaire voire populiste. Autour de la province de Kaga et de la forteresse d’Ishyama où se retrouve le temple Hongan-Ji, lieu d’où officiait le dernier grand prédicateur du XIIIe siècle Shinran, des révoltes populaires éclatent. Une sorte d’état populaire autonome est établi, déboutant par la force les cadres administratifs traditionnels.



Le dernier mot sur cette division locale du Japon est d'ordre géographique : l'île japonaise étant constituée en grande partie de montagnes, les lieux de pouvoir des Daimyo consistent en des forteresses établies en pleines montagnes. Les conflits se caractérisent ainsi très souvent par la prise de forteresses et de villes appartenant au clan rival plus que par des batailles rangées, d'autant plus que l'exiguïté du terrain empêche bien souvent ces batailles.
Les châteaux de montagne sont appelés yamashiro, et leur défense s'organise en une succession de fossés concentriques. C'est pendant la période troublée qui nous intéresse que les châteaux en pierre commencent à supplanter les châteaux en bois. Par ailleurs, la plus importante des villes à capturer reste Kyoto, capitale et lieu de résidence des Shoguns, et qui attire de fait la convoitise des plus puissants Daimyos à partir de 1560, moment où la lutte s'intensifie autour de quelques grandes familles. 

Tous les épisodes :

1/5 : De la Chine au Japon.
2/5 : La Crise du Sengoku Jidai.
3/5 : Une Nouvelle Ère de la Guerre.
4/5 : Le Temps des Unificateurs.
5/5 : Fermeture et Paix.


Bibliographie indicative :
 
Akamatsu, P., « Une histoire du Japon, des origines à 1867 » [Sir George Bailey Sansom, A history of Japan : I. To 1334. ; II. 1334-1615. ; III. 1615-1867.], In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n°1, 1967, pp. 178-184
 
Otani, Ch., « Le mouvement insurrectionnel du Ikkô-Ikki, adeptes de la secte bouddhique Shin-shû au XVe et au XVIe siècle », In École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques, 1968, pp. 609-612.
 
Turnbull, S., Gerrard, H., Ashigaru 1467-1649. Warrior n°29, Osprey Publishing, Oxford, 2001, 64 p.
 
Turnbull, S., Samurai Commanders (2). 1577-1638. Elite 128., Osprey Publishing, Oxford, 2005, 64 p.
 
Turnbull, S., War in Japan 1467-1615. Essential Histories n°46, Osprey Publishing, Oxford, 2002, 95 p.




jeudi 26 mai 2016

Conflit d'Histoire 01 : Le Sengoku Jidai - De la Chine au Japon (1/5)

Même si je suis bien moins actif sur ce blog que sur l'autre, ça ne m'empêche pas d'avoir des projets. D'où ce premier épisode d'une série appelée Conflit d'Histoire où je considère historiquement parlant une période de guerre donnée, et où je déroule un fil synthétique me permettant d'élaborer des thématiques qui m'intéressent, concernant notamment l'aspect militaire (vous n'aurez pas manqué ce sublime titre de série). Pour le premier épisode, nous nous retrouvons au Japon. Bonne route !

Conflit d'Histoire 01 : Le Sengoku Jidai
1467-1615, Japon

De la Chine au Japon (1/5)

Au XIe siècle avant notre ère, les rois Zhous unissent au prix de plusieurs guerres les différents clans peuplant la Chine primitive : ils dominent un espace culturellement homogène au sein de la Plaine Centrale (Zhongyuan), autour du Fleuve Jaune, c'est-à-dire dans la partie orientale de ce qu'on appelle aujourd'hui la Chine. Au VIIIe siècle, leur autorité s'effondre : leur capitale est assaillie à l'ouest par les « barbares » nomades des contreforts, et les rois Zhous sont relégués à l'est. Une multitude de micro-états profite de l'affaiblissement de leur souverain pour exercer leur souveraineté en toute impunité : c'est la période dite des « Printemps et Automnes ». Ce n'est qu'au Ve siècle que la lutte pour le pouvoir s'intensifie, et finit par ne concerner qu'un nombre bien plus restreint d'états, constitués au fil des conquêtes et des héritages : on retrouve ainsi les royaumes de Chu, de Han, de Qi, de Qin, de Wei, de Yan et de Zhao ; c'est la « période des royaumes combattants », ou zhànguó en pinyin. Cette période d’anarchie s’arrête brusquement lorsque l’unité de ce qu’on pourrait appeler la Chine échoit à l’empereur Qín Shǐhuáng du royaume de Qin en -221.


Au Japon, plus de seize siècles plus tard, une situation analogue se forme : l’autorité centrale incarnée par le Shogun s’effondre, et les conflits locaux se multiplient entre les nobles (Daimyo), qui disposent désormais d’un pouvoir territorial et militaire sans égal. C’est la restauration de l’autorité centrale par Ieyasu Tokugawa qui clôt finalement cette période. Les historiens parlent de « l’époque Sengoku », ou « Sengoku Jidai », dénomination qu’on peut traduire par « Période des Royaumes Combattants », en référence au précédent chinois. En l’an 1467, la guerre de l’Onin et le saccage de la capitale de Kyoto montrent l’incapacité du Shogun Ashikaga actuel à maintenir la paix et l'unité. Les rivalités s’exportent ainsi aux quatre coins du Japon, et les petites guerres entre Daimyos se développent. Les luttes permanentes finissent par faire émerger de grands Daimyos ayant réussi à tirer parti de cette période d’anarchie pour affermir leur puissance, et qui tentent de rétablir une hégémonie shogunale sur l’ensemble du Japon. Parmi ceux-ci, trois noms sont à retenir : Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, et finalement Tokugawa Ieyasu.


Différentes causes mènent le Japon plus ou moins unifié à éclater. La période de troubles induite par cet éclatement mène à la mise en place d'un art de la guerre en pleine mutation, mêlant à la fois nouveaux acteurs et nouvelles pratiques. La sortie de crise, qui se fait dans le sang, posera d'autres problèmes. Et ce sont ces trois thématiques que nous verrons au fil des épisodes.

Tous les épisodes :

1/5 : De la Chine au Japon.
2/5 : La Crise du Sengoku Jidai.
3/5 : Une Nouvelle Ère de la Guerre.
4/5 : Le Temps des Unificateurs.
5/5 : Fermeture et Paix.

Bibliographie indicative :

- Akamatsu, P., « Une histoire du Japon, des origines à 1867 » [Sir George Bailey Sansom, A history of Japan : I. To 1334. ; II. 1334-1615. ; III. 1615-1867.], In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n°1, 1967, pp. 178-184

- Otani, Ch., « Le mouvement insurrectionnel du Ikkô-Ikki, adeptes de la secte bouddhique Shin-shû au XVe et au XVIe siècle », In École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques, 1968, pp. 609-612.

- Turnbull, S., Gerrard, H., Ashigaru 1467-1649. Warrior n°29, Osprey Publishing, Oxford, 2001, 64 p.

- Turnbull, S., Samurai Commanders (2). 1577-1638. Elite 128., Osprey Publishing, Oxford, 2005, 64 p.

- Turnbull, S., War in Japan 1467-1615. Essential Histories n°46, Osprey Publishing, Oxford, 2002, 95 p.